mercredi 7 mars 2007

"Il y a quelque chose de pourri..."

Depuis mi-décembre, des centaines de sans abris ont installé leur tente au bord du Canal Saint-Martin. Après l’adoption par le gouvernement d’un « plan d’action renforcé » le 8 janvier dernier, les Enfants de Don Quichotte, à l’origine du mouvement, avaient promis de lever le camp. Cette décision n’ayant pas été suivie d’effet, les riverains commencent à s’impatienter.


A Noël, au plus fort du mouvement, elles étaient 260. « Elles », ce sont les tentes de sans domicile fixe qui jonchent depuis deux mois les rues du Canal Saint-Martin, dans le 10ème arrondissement de Paris. Au 1er mars, il en reste 117, déchirées et souvent taguées. On est loin de l’image de camping familial diffusée pendant les fêtes de fin d’année.
En fin de journée, quelques SDF, visiblement avinés, déambulent sur la chaussée. Une forte odeur d’urine monte du campement. « Au départ, ça allait. Quand on me demandait de l’eau, j’en donnais. Mais parfois, un mec en sang rentre dans ta boutique après s’être battu, et là, c’est gonflant ! » Les paroles de Rocky, dont le salon de coiffure donne directement sur les tentes rouges et noires, reflètent le sentiment de la plupart de ceux qui vivent ou travaillent à proximité du campement.
« Les gens en parlent quand ils viennent au salon, mais ça ne s’est pas ressenti sur la fréquentation. J’ai mes habitués... », continue Rocky, chemise aux motifs indiens et santiags, visiblement plus agacé que gêné. Au magasin de vêtements « Quai 71 », Somali, une vendeuse, l’affirme sans hésiter: « Ils ne me dérangent pas ! Les gens me demandent si ce n’est pas trop dur de travailler ici. Quand on sort dans la rue, ils vous parlent, mais ils n’entrent jamais dans le magasin.»
Au café-restaurant « Chez Prune », où il y a foule en ce début de soirée, on est du même avis. Arnaud, un plateau à la main, zigzague entre les clients : « Les SDF ne nous empêchent pas de travailler. Bien sûr, ceux qui restent sont durs à gérer. Mais on ne voit que ceux qui donnent une mauvaise image du campement. » Le service de sécurité mis en place par la mairie, installé juste devant l’établissement, a au moins eu le mérite de rassurer les commerçants. Les services de la Mairie du 10ème arrondissement contactés n’ont pas donné suite à notre demande d'entretien.
Du côté des riverains, l’humeur est moins sereine. Certains se sont même réunis en association. En décembre, ils avaient accueilli d’un oeil bienveillant – et surtout solidaire – les premières tentes. Aujourd’hui, tout a changé. Ou plutôt non : le « pourrissement » de la situation les pousse à exprimer leur ras-le-bol. Les témoignages postés sur le site internet de l’Association des Riverains du Canal Saint-Martin (canalstmartin.canalblog.com) rapportent l’« agitation permanente », les insultes et autres empoignades que subissent les locaux.
Les services sociaux, qui gèrent la crise, ne demandent qu’une chose aux riverains en colère : un peu de patience. La Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS), qui a examiné 280 dossiers de SDF depuis décembre, réclame avant tout du temps: « La solution n’est pas d’ouvrir les portes des centres d’accueil plus longtemps. Chaque centre va devoir changer son système de fonctionnement. Cela nécessite plus d’équipes encadrantes, plus de personnel... » Certains SDF refusant de partir, le relogement pourrait prendre encore un peu plus de temps.
Le problème des sans abris qui restent le long du Canal Saint-Martin n’a été que partiellement réglé par l’ouverture du Fort de Nogent (Val-de-Marne) le 23 février. Quarante d’entre eux ont pu trouver une place parmi les légionnaires, qui vivent habituellement dans le Fort. « C’est une solution parmi d’autres », affirme-t-on à la FNARS.
Les associations se félicitent de l’adoption de la loi sur le logement opposable, la veille de la réquisition du Fort. Mais selon la FNARS, cette loi n’est qu’une « étape vers le droit au logement », le but ultime du combat. L’association Emmaüs de Paris réclame quant à elle des solutions plus durables : « Ce qui a été annoncé, ce sont des plans de réorientation, qui débouchent sur des places d’hébergement provisoire. Nous souhaitons que chaque SDF ait une vraie place. » Emmaüs ne fait cependant curieusement état d’aucune plainte particulière de la part des riverains.

1 commentaire:

marylène a dit…

Yo Pauline !
Si, si, avec un peu d'efforts tu aurais pu être fun et dire quelle est ta couleur préférée (on sait tous que c'est le rose), ton animal favori (le chat) et ton groupe vénéré (les 2be3). Ca ne sert à rien de le cacher, on t'aime quand même !!!
Bravo pour ce blog, super Pauline !
Quetsche la pro du Boo